Débat sur l’influence de la France à l’étranger

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Mercredi 26 mars, le Sénat, à la demande du groupe UMP, a débattu en présence du Ministre des Affaires Étrangères Laurent Fabius sur l’influence de la France à l’étranger.

Leila Aïchi s’est exprimée, au nom du groupe écologiste, en rappelant l’impératif d’une diplomatie multidimensionnelle et multipartite. Elle a ensuite mis en avant l’importance d’une diplomatie environnementale ambitieuse, globale et inclusive à la veille de la COP21. En outre, la diplomatie économique s’avère être un formidable canal pour la promotion de notre savoir-faire et de notre expertise en matière d’emplois innovants. Enfin, elle a souligné le potentiel que représentait la francophonie en termes de développement et de rayonnement pour la France.

Ci-dessous son intervention en séance (seul le prononcé fait foi):

Monsieur le Président,
Monsieur le Ministre,
Monsieur le Président des Affaires Etrangères, de la Défense et des Forces armées,
Mes cher(e)s collègues,

Tout d’abord, suite à l’accident tragique survenu hier, je tiens à présenter, au nom de l’ensemble du groupe écologiste au Sénat, mes sincères condoléances aux familles et proches des victimes. Toutes nos pensées vont vers eux.

Pour revenir au débat qui nous occupe aujourd’hui sur l’influence de la France à l’étranger, nous sommes tous ici conscients, qu’en ces temps troublés, la France a un rôle majeur à jouer au niveau international et qu’elle se doit de maintenir en renforçant sa diplomatie.
Monsieur le Ministre, nous devons éviter d’aborder les enjeux internationaux sous le seul spectre sécuritaire comme cela est bien trop souvent le cas. Face aux défis d’aujourd’hui et de demain, nous devons impulser une réelle dynamique en matière de diplomatie environnementale et de diplomatie économique.

En effet, notre diplomatie, si nous voulons être entendus, doit être une diplomatie multidimensionnelle et multipartite. Nous le voyons tous les jours : tout est imbriqué, tout est connecté, tout est lié. Face aux enjeux d’aujourd’hui nous devons nous adapter et parfois, remettre en cause les schémas de pensée qui étaient les nôtres jusqu’à présent.

A l’aune du dérèglement climatique et dans un monde de plus en plus interdépendant, notre approche des relations internationales ne peut plus se définir à la seule lumière de la défense de la souveraineté et des intérêts de la nation. Et c’est en ce sens, que la promotion d’une diplomatie environnementale globale et inclusive est primordiale.

Vous le savez bien Monsieur le Ministre.
Plus personne ne peut nier l’urgence qui s’impose à nous dans ce domaine. Et la France, en tant qu’hôte de la COP21, doit être exemplaire et impulser une réelle prise de conscience. Cette échéance sera l’occasion pour notre pays de se positionner comme « leader » dans le cadre des négociations sur le climat.

Mais si nous voulons que notre diplomatie environnementale soit efficace nous devons nous inscrire dans une démarche au quotidien. Puisque bien souvent, force est de constater, que les enjeux stratégiques d’aujourd’hui, quelle que soit leur origine, sont intimement liés à l’accès aux ressources naturelles, aux matières premières et à l’énergie.
Récemment, Nicolas Hulot apportait un éclairage novateur concernant le conflit syrien, je cite « le conflit a été, sinon déclenché, en tout cas amplifié par un facteur climatique. C’est, en effet, un phénomène de désertification accru par le changement climatique qui a amené un million et demi de personnes à se déplacer et à passer du nord au sud-est de la Syrie»
Il est aujourd’hui avéré que l’accroissement inéluctable des stress hydriques, nourriciers, environnementaux et énergétiques est dû au changement climatique, à la finitude des ressources, à l’évolution démographique et aux modes de vie.

Monsieur le Ministre, nous connaissons et saluons votre investissement dans la préparation de la COP21. Nous savons également votre engagement pour les sujets environnementaux qui nous préoccupent. Mais au-delà, quid de la position de la France sur la relance des aires protégées transfrontalières, du Fonds vert, de la reconnaissance d’un statut pour les « réfugiés climatiques » ou encore des états en grandes difficultés climatiques au niveau mondial ?

Pour réussir et influer sur les négociations internationales nous devons nous montrer novateurs et ambitieux.

Et cela passe également par un renforcement de notre diplomatie économique. A l’heure où la compétition internationale redouble et où notre économie peine à redémarrer, la diplomatie économique apparaît comme un outil essentiel et encore trop peu mis en avant. Or, il s’agit là d’un formidable canal pour la promotion de notre savoir-faire et de notre expertise en matière d’emplois innovants.

En qualité de Rapporteure pour le programme 105 j’avais déjà attiré votre attention en décembre dernier, sur l’importance d’adapter notre réseau diplomatique au nouveau paysage économique mondial en renforçant notamment la présence française en Asie et dans les pays émergents plus généralement, sans oublier l’Afrique.

Ce redéploiement est essentiel pour mener à bien la diplomatie économique devenue une priorité du Quai d’Orsay, désormais « ministère des affaires étrangères et du développement international ». En cela le rattachement du commerce extérieur et du tourisme à votre Ministère paraît aujourd’hui être une évidence. C’est au plus près des réalités de terrain que peut se mener utilement la bataille pour le développement des entreprises françaises à l’international et la promotion de l’attractivité de notre pays auprès des investisseurs et des touristes étrangers.

Il faudrait avant toute chose améliorer en quantité et en qualité, la « présence politique » de l’État qu’assurent les visites officielles, en particulier ministérielles, dans les pays où les entreprises françaises sont susceptibles de se développer. Souvent, ces visites constituent des occasions essentielles de mise en valeur des atouts de nos PME ; les multiplier, c’est donc ajouter à leurs chances.

Les défis qui se posent à nous, Monsieur le Ministre, sont multiples et nous imposent une approche proactive et globale.

A titre d’exemple et alors que nous célébrions le 20 mars dernier la journée internationale de la francophonie, nous devons massivement promouvoir ce moteur essentiel de solidarité et d’influence qu’est la francophonie, et je sais qu’il s’agit là d’une de vos priorités. Les dernières projections prévoient près de 750 millions de locuteurs demain dont une grande partie de jeunes.

Ne faisons pas l’impasse sur cet incroyable vivier qui est une opportunité et une chance pour le rayonnement de la France.

Je vous remercie.