Budget – Action de la France en Europe et dans le monde

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En tant que rapporteure pour avis du programme budgétaire 105, relatif à l’action de la France en Europe et dans le monde, Leila Aïchi présentait, mercredi 27 novembre, une analyse des crédits du Ministère des Affaires étrangères devant la commission des Affaires étrangères de la défense et des Forces armées.

Intervenant aux côtés de son collègue Alain Gournac, elle a notamment abordé l’évolution du réseau diplomatique, ainsi que la diplomatie économique et la diplomatie d’influence.

Le Sénat ayant rejeté la première partie du budget (le volet recettes), il n’examinera pas la seconde, consacrée aux dépenses de l’Etat. Le rapport sur le programme 105 (disponible ici) ne sera donc pas présenté en séance publique.

A défaut, voici ci dessous le texte de l’intervention de Leila Aïchi en commission.

« – (L’évolution du réseau diplomatique)

Le basculement du réseau diplomatique français, le 3ème au monde, d’un héritage, implanté en Europe occidentale et en Afrique, vers un réseau d’avenir, présent en Asie et dans les grands émergents, est une priorité affichée, mais quels sont les résultats ?

Comme le ministre, on peut voir le « verre à moitié plein » et se féliciter que 300 postes soient redéployés en 3 ans vers les pays prioritaires (Chine, Inde, Afrique du Sud, Indonésie, par exemple), que les « grosses » ambassades (États-Unis, Royaume-Uni…), perdent 5 à 10 % de leurs effectifs ; on peut se féliciter que la Chine, l’Inde, le Brésil, soient entrées dans le TOP 10 des plus gros postes diplomatiques français. Mais on peut aussi, à l’inverse, comme la Cour des Comptes, faire observer que ce redéploiement est lent, et constater que nous avons toujours davantage d’agents aujourd’hui au Maroc qu’en Chine, au Sénégal qu’en Inde, à Madagascar qu’au Brésil… Ne nous laissons pas non plus enfermer dans une vision trop étroite de l’émergence : je propose d’instituer une représentation permanente auprès de l’Union Africaine. Je pense que l’idée fera son chemin : l’Afrique de 2 milliards d’habitants demain, sa classe moyenne qui monte, ses ressources naturelles et ses taux de croissance ne nous attendront pas. Je pense que notre ambassade à Addis-Abeba ne peut pas tout faire. Ce serait un signal fort de notre confiance dans l’avenir de ce continent.

  – (La diplomatie économique)

J’ai auditionné le directeur en charge de la diplomatie économique : c’est une priorité forte. Il y a des outils, comme les « conseils économiques » rassemblant tous les acteurs -y compris les entreprises- et la mise en place de plans d’action de 8 pages, dont 6 pages de propositions, en matière économique, dans près de 100 ambassades. La volonté de mettre les ambassadeurs « sous tension » sur le plan économique est bien réelle, même si nous pouvons mesurer, quand nous nous déplaçons, qu’ils sont inégalement mobilisés. J’ai suggéré de créer des « task force » ponctuelles pour les grands contrats. Nous avons tous en tête des occasions manquées pour nos entreprises : il faut créer des « équipe France » plus visibles et plus pugnaces. Je pense que sinon, nous n’aurons pas de résultats.

  – (La diplomatie d’influence)

Je terminerai sur les crédits de coopération de défense, qui baissent encore cette année, de 4%, soit une baisse de 15% en 3 ans, avec près de 300 coopérants dans le monde. Cette attrition des moyens conduit à un recentrage forcé sur quelques missions les plus essentielles et sur quelques zones géographiques.

Cette coopération « structurelle », est aussi un outil d’influence et de prévention des conflits. En aidant les pays partenaires à structurer, dans le long terme, leurs élites sécuritaires et de sécurité, elle contribue au maintien de la paix et au renforcement de leurs capacités à assumer des missions non seulement militaires mais aussi de protection civile, comme la lutte contre les catastrophes naturelles, le déminage, les inondations, la dépollution… L’enjeu est de mettre les pays partenaires en situation de traiter des enjeux tels que le terrorisme, la criminalité organisée, le trafic de stupéfiants, l’insécurité des flux maritimes….

La baisse de ces crédits ne me parait pas cohérente avec les objectifs affichés de notre politique étrangère, notamment le soutien à l’architecture africaine de sécurité que veut constituer l’Union africaine.

L’impact d’un directeur des études français dans une école régionale est considérable rapporté aux crédits budgétaires nécessaires pour le financer. Quand on sait que le nouveau chef d’état-major de l’armée malienne, partenaire essentiel pour stabiliser le pays et nous permettre de nous désengager, est l’ancien directeur de l’école de maintien de la paix de Bamako, on mesure tout de suite l’importance d’y être présent et actif. J’ajoute que ces écoles sont aptes à recueillir des financements européens, japonais et canadiens au titre de la coopération : on a un fort effet de levier démultiplicateur d’influence, avec une bonne formation. Nous insistons sur ce point dans notre rapport.

En conclusion, je vous propose d’émettre un avis favorable à l’adoption des crédits de la mission « Action extérieure de l’État », qui préservent l’essentiel des missions du ministère des affaires étrangères. »