Réunion du Forum de l’Ecologie à l’UNESCO

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Le Forum de l’écologie tenait sa deuxième réunion mercredi 5 juin à l’UNESCO, consacrée à la place de l’écologie dans les municipales. Voici le compte rendu de cette table ronde, qui se tenait dans le cadre de la Global Conference organisée par les Ateliers de La Terre.

Intervenants : Nathalie Kosciusko-Morizet, Jean-Marie Le Guen, Dany Cohn-Bendit, Jean-Luc Bennahmias, Chantal Jouanno, Stéphane Gatignon, Jean-Pierre Brard et Joël Labbé.

Organisateurs : Leila Aïchi, Gaby Cohn-Bendit

Animateur : Roland Cayrol

Introduction

L’écologie est un enjeu qui transcende les sensibilités politiques et les partis. Au Parlement, cela s’est démontré régulièrement, du vote de la Charte de l’Environnement en 2005, qui ne reflétait pas le clivage droite-gauche habituel, à celui de la loi Grenelle I à la quasi-unanimité en 2009, en passant par les différentes propositions de loi co-signées par des parlementaires de groupes différents, sur les ondes électromagnétiques notamment (allant du parti communiste à l’UMP). C’est en partant de ce constat que Nicolas Hulot, lors de la campagne présidentielle de 2007, avait proposé à l’ensemble des candidats de signer un « Pacte écologique».

Le Forum de l’écologie vise à pérenniser ce type de démarche, en créant un rassemblement permanent de personnalités issues du monde politiques, de la société civile et de l’entreprise, engagées individuellement pour l’avancée de la cause écologiste. Depuis la création du Forum le 5 décembre 2012 au Sénat, des actions en commun ont déjà été menées, au niveau parlementaire notamment (tribune sur l’action de groupe, vote de la loi sur les lanceurs d’alerte…).

Objectif de la table ronde

Ce débat a pour but de définir des enjeux environnementaux sur lesquels il serait possible de travailler ensemble au niveau municipal, échelle particulièrement appropriée pour réaliser la transition écologique. Par ailleurs, la pression citoyenne est un levier important à ce niveau de l’action publique, d’autant plus que cette élection intéresse beaucoup les Français (deuxième taux de participation après les présidentielles). Gaby Cohn-Bendit parle d’un « Pacte écologique pour les municipales », sur le modèle de la campagne de Nicolas Hulot en 2007.

L’idée de la table ronde est donc de poser les jalons d’un programme en commun pour les municipales, en rassemblant des acteurs investi au niveau local, aussi bien urbain que rural (à Paris avec NKM, J-M Le Guen, C.Jouanno comme à Saint-Nolff, avec J.Labbé).

En préambule au débat, quelques thématiques sont suggérées : la pollution des villes, les transports en commun, la gestion de l’eau, la nourriture dans les cantines scolaires, la consommation d’électricité (éclairage…), ou les ondes électromagnétiques, avec par exemple l’interdiction des antennes relais sur les crèches et écoles maternelles.

Quelles propositions pour une « charte écologiste municipale »

1.      PROPOSITIONS SUR LA METHODE

1.1.  Déclarer le droit à l’expérimentation dans les municipalités

Ex : Les coopérations sur les coordinations énergétiques à Strasbourg

Ex : Le péage urbain, qui permet de soulager les villes de la circulation.

A Londres et à Stockholm, où le péage urbain a été maintenu après un référendum, c’est  l’expérimentation qui a permis de juger et de comparer effectivement cette solution.

1.2.  Ne pas dissocier l’écologie urbaine de l’écologie humaine

Adopter une démarche d’écolo-philie : penser l’homme comme élément de la biodiversité, et penser la ville comme une entité où tout le monde se sente à l’aise.

C’est une révolution culturelle reposant sur le cosmopolitisme. A ce titre, les questions d’immigration et du droit de vote des résidents étrangers aux élections municipales sont un sujet crucial.

La question de savoir comment on vit ensemble est au cœur des enjeux de constructions et d’aménagements à venir. L’enjeu est aussi d’éviter que des villes tombent aux mains du FN : les intervenants ont dans ce sens tous la même responsabilité.

Il faut tisser du lien entre les collectivités au sein des territoires, en favorisant le dialogue, la communication, etc.

Faire aussi l’éloge de la lenteur avec le temps de la réflexion. Un faut prendre le temps de l’élaboration des concepts avec des citoyens, savants, etc.

1.3.  Poser un principe de non-augmentation notre empreinte écologique dans les municipalités

Relocalisation des activités, etc.

1.4.  Proposer des axes qui puissent intéresser tous les citoyens, quels que soient leur situation personnelle et leur niveau de vie

Ex : propreté des villes, santé environnementale, consommation, qui sont des sujets qui touchent au quotidien.

Mesures concrètes : Thermographie des logements, augmentation du volume du bio dans les cantines

1.5.  Penser la transversalité de la politique environnementale

Ex : Au début, le tri des déchets a été mis en place sans anticiper les débouchés du traitement

1.6.  Assurer l’exemplarité des politiques publiques :

Ex : Arrêt des voitures diesel, adapter les marchés publics de la ville aux circuits courts.

1.7.  Avoir une approche positive

Ex : tout transport collectif doit être vu comme une politique positive à défendre

Ex : Dans les bilans municipaux, reconnaître les évolutions positives, indépendamment de la couleur politique de l’équipe sortante

1.8.  S’affranchir des impasses héritées de notre système administratif

Certaines urgences écologiques résultent de dysfonctionnements qui sont à des niveaux administratifs différents, liés à l’histoire de notre pays.

Il importe de penser à l’échelle globale (pour Paris, raisonner au niveau du Grand Paris)

1.9.  S’inspirer de l’expérience des agendas 21 locaux, meilleur exemple à ce jour d’outil collaboratif utile

1.10. Profiter de l’opportunité du COP 21 pour transformer Paris en capitale écologique

La Conférence des Parties (CdP) de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) se tiendra en 2015 à Paris

1.11. Entre membres du forum, partager les  difficultés objectives rencontrées, plutôt qu’y voir une opportunité d’affrontement  politique

Réaliser des échanges de la pratique, en particulier sur les problèmes rencontrés

Ex : difficultés liées aux transports, etc.

2.       LES DOSSIERS PRIORITAIRES

2.1.  La santé environnementale (portée prioritairement pour les enfants) et la qualité de l’air en particulier

ð  S’attaquer en priorité au problème du  diesel, aux graves conséquences sur la santé publique

Ex : Objectif « 0% de véhicules carbone en 2030 »

Difficultés : convaincre les citoyens de changer leurs habitudes de consommation, trouver des moyens de financements, de mutation, etc., à commencer par les flottes industrielles.

ð  Limiter l’utilisation des pesticides par les collectivités territoriales (une proposition de loi vise à interdire la vente au détail de certains produits pour les particuliers)

ð  Augmenter le volume de bio (local uniquement, sans quoi c’est inutile) dans les cantines scolaires

2.2.  La consommation énergétique

Parvenir à un accord des villes pour réduire de 30% leur consommation énergétique d’ici 2020. C’est nécessaire pour y arriver au niveau national.

2.3.  La précarité énergétique liée au logement

En finir avec les passoires énergétiques, qui entraînent des charges très importantes pour les ménages, non prises en compte par les APL. La rénovation urbaine a parfois échoué à construire des logements moins énergivores.

2.4.  Le chauffage urbain

Fusionner les réseaux de chaleur des villes, souvent surdimensionnés, et remplacer les chaufferies traditionnelles par de la biomasse

2.5.  La réappropriation de l’espace public au profit des déplacements doux

Penser l’après-voiture, face à la disparition annoncée du moteur à énergie fossile et à combustion

Difficultés : même problème que pour le diesel : transformation des comportements, moyens.

 

3.       LES LIMITES

3.1.   Limites sur la méthode

Faut-il partir d’un bilan, pour progresser et éviter de rester dans le déclaratif ? Ou cela ne risque-t-il pas d’être instrumentalisé à des usages politiques ?

3.2.   Limite des projets trans-partisans

Grenelle I ou la Charte de l’environnement : cela suppose de fortes concessions, et l’abandon de certains sujets.