Question d’actualité sur la Gouvernance de Renault

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Deux jeudis par mois, la séance de « Questions d’actualité au Gouvernement »  (retransmise en direct sur France 3 et Public Sénat) permet aux Sénateurs d’interpeller un ministre sur le sujet d’actualité de leur choix.

Ce jeudi 14 mars, Leila Aïchi a posé une question au nom du groupe écologiste, sur l’accord de compétitivité chez Renault signé la veille entre certains syndicats et la direction. A cette occasion elle a remis en cause les choix stratégiques de la direction depuis le début des années 2000, aux conséquences lourdes pour l’emploi, dont les employés font aujourd’hui les frais.

L’Etat étant, avec 15% du capital, l’actionnaire principal de la marque, elle a interpellé le ministre du redressement productif sur les moyens qu’il pouvait mettre en oeuvre pour remédier à l’absence de stratégie de long terme de l’entreprise. (vidéo disponible ici)

Voici ci dessous le texte de la question (seul le prononcé fait foi)

Question d’actualité à Monsieur le ministre du redressement productif sur la Gouvernance de Renault

« Monsieur le Président,

Monsieur le Ministre,

Mes chers Collègues,

Nous prenons acte de l’accord de compétitivité signé ce mercredi entre la majorité des syndicats et la direction de Renault. Mais il interpelle.

Il pose la question d’un inquiétant déséquilibre : en contrepartie du maintien en activité des usines sur le sol français, cet accord prévoit notamment 7.500 suppressions nettes d’emplois d’ici fin 2016 ; une augmentation de 6,5 % du temps de travail ; et un gel des salaires pour l’année 2013.

À en croire la direction, ces sacrifices seraient inhérents à la conjoncture actuelle.

Monsieur le ministre, force est de reconnaître que ce sont toujours les mêmes, toujours les mêmes, les ouvriers, les employés, les salariés, les intérimaires, et les contribuables, qui paient le prix d’une inconséquence en termes de stratégie.

De telles conditions au maintien de l’activité de Renault en France sont inacceptables, car sa direction s’est bel et bien engouffrée dans une impasse !

Celle-ci est le résultat d’une stratégie parfaitement orchestrée et non la conséquence imprévisible d’une conjoncture exceptionnelle. Les choix opérationnels de la marque ont été guidés par les seuls intérêts des actionnaires privés, sans vision de moyen et long terme pour l’avenir du groupe.

Voici comment :

Les délocalisations massives on été privilégiées au détriment de l’emploi dans l’hexagone.

En effet, depuis les débuts de l’alliance nouée avec Nissan il y a une quinzaine d’années, Renault a progressivement transféré les enjeux du haut de gamme vers la marque japonaise, en délaissant les sites français.

Ensuite, de nombreux investissements en Europe de l’Est, au Maghreb et au Moyen-Orient ont provoqué d’importants transferts de compétences, lesquels ont fait chuter les besoins de qualification et d’emploi en ingénierie, ici, en France.

Cette politique délibérée a conduit à une surcapacité des usines Renault sur notre sol.

Voilà pourquoi les raisons conjoncturelles invoquées par la direction sont non seulement infondées, mais elles s’apparentent à un déni de la réalité, voire à de la mauvaise foi.

Ces choix stratégiques ont conduit à une autre conséquence tout aussi  funeste : la désindustrialisation et l’appauvrissement du tissu économique français.

Les équipementiers concourent à hauteur de 70 % de la valeur d’un véhicule. Depuis des années, Renault, certes entreprise mondialisée, a délaissé les PME nationales pour privilégier des fournisseurs étrangers au nom d’une meilleure compétitivité-prix – laquelle est loin d’être démontrée. J’en veux pour preuve l’usine de Douai, qui importe des joints d’étanchéité de Turquie aux mêmes coûts que ceux de son fournisseur historique de Normandie !

 

Et que dire, Monsieur le ministre, de l’imprévoyance dramatique des grands stratèges de Renault, qui sont passés directement du véhicule thermique au tout électrique en sous-estimant la demande pour la voiture hybride ?

Avec 15 % du capital, l’État est le premier actionnaire de Renault. Il subventionne au prix fort la production et la vente en France des véhicules de la marque. Souvenez-vous du grand emprunt de 2009, et du prêt avantageux de 3 milliards d’euros accordé par l’Etat à la marque. Le choix de Renault du véhicule électrique engage le contribuable dans une « économie d’Etat ». Pendant ce temps, en dix ans, Renault a reversé à ses actionnaires près de 6,5 milliards d’euros de dividendes.

Monsieur le ministre, vous avez pris la mesure des enjeux sociaux et environnementaux des choix de Renault, je n’en disconviens pas.

Nous, écologistes, sommes très attachés à la transition écologique de l’économie.

Quelles mesures le gouvernement compte-t-il prendre, notamment en termes de gouvernance et d’éco-conditionnalité, pour ne plus faire supporter au contribuable l’inconséquence de la politique industrielle et commerciale du constructeur ?

Comment s’articulera-t-il avec l’Accord National Interprofessionnel ? »