Bisphénol A : Leila Aïchi rappelle l’urgence à agir

conserves-bisphenolA

Le 11 octobre 2011 l’Assemblée Nationale votait un texte instaurant la suspension de commercialisation de l’ensemble des emballages alimentaires contenant du BPA, à partir du 1er janvier 2014.

Le texte était examiné la semaine dernière et cette semaine au Sénat, où la commission des affaires sociales a reporté au 1er janvier 2015 l’application de la mesure. Après le rejet de son amendement restituant la date d’application du 1er janvier 2014 (texte de la présentation en séance disponible ici) Leila Aïchi a exprimé son avis sur le texte :

« Monsieur le Président,

Monsieur le Ministre,

Mes chers collègues,

Deux ans après l’adoption de la loi tendant à suspendre la commercialisation de biberons contenant du bisphénol A, il est toujours encourageant de faire avancer la protection sanitaire des citoyens en étendant cette suspension à l’ensemble des contenants alimentaires. Je voterai donc, naturellement, en faveur de ce texte.

Parmi les 700 études scientifiques publiées sur la question,  95% démontrent la toxicité de ce perturbateur endocrinien.  Les enfants en bas âge, en plein développement hormonal, sont un public particulièrement vulnérable.

C’est pourquoi il est primordial de protéger les nourrissons de l’exposition à cette substance. A cet égard, nous nous félicitons que la mesure de la PPL Bapt prenne effet à compter du 1er janvier 2013 pour les produits destinés à ce public.

Mes chers collègues, nous avons su prendre la mesure de l’urgence à agir pour les nouveau-nés. Mais ce premier pas est réellement insuffisant.

Les effets du BPA sur le système  hormonal induisent notamment des altérations épigénétiques, susceptibles d’entrainer des pathologies dans la descendance. C’est pourquoi il importe de protéger au plus vite les futurs parents, et en particulier les femmes enceintes ou allaitantes. Là aussi, mes chers collègues, il y a urgence.

C’est le sens de l’amendement que j’ai déposé et défendu.

Madame la Ministre, lorsque vous avez voté cette PPL, cosignée avec plusieurs de vos actuels collègues du gouvernement, vous aviez, en toutes lettres, fixé son application au 1er janvier 2014. Les industriels en avaient pris acte, comme ils avaient pris acte de la date du 1er janvier 2013 pour l’appliquer aux contenants alimentaires destinés aux nouveau-nés.

Pourquoi, alors, avoir accepté de reporter ce délai au 1er janvier 2015?

Madame la Ministre, retarder notre action d’une année, c’est exposer 830 000 femmes enceintes de plus, et donc autant d’enfants à naître.

L’argument économique peut-il justifier ce sacrifice sanitaire ? Non.

Car les alternatives existent, pour l’ensemble des applications alimentaires du BPA.  L’ANSES et les associations en ont fait le recensement. Plusieurs grands groupes ont développé des offres entières sans BPA, et la recherche française a beaucoup avancé, notamment en matière de résines « époxy ».

Il appartient à l’Etat d’aider les entreprises à développer ces solutions sans bisphénol A plutôt que de céder et de repousser le problème dans le temps au détriment des générations futures.

Mes chers collègues, je regrette que par le vote de ce texte, nous n’ayons pas pu prendre la mesure de l’urgence à agir.

C’est d’autant plus regrettable que le bisphénol A revêt un caractère symbolique. Dénoncée pour sa présence dans les biberons, cette  substance n’est jamais qu’un perturbateur endocrinien parmi quantité d’autres, et n’est qu’une illustration bien parcellaire de l’état de contamination de notre environnement.

Cancers, maladies neuro-dégénératives, diabète, obésité, troubles de la reproduction… tous ces maux nouveaux sont la conséquence de notre manière de vivre et de consommer. Le constat de leur multiplication doit être le déclic pour changer de paradigme et penser enfin notre système de santé dans une logique préventive, et s’extraire d’une approche curative qui nous rend chaque jour davantage victime des excès du système productiviste et de l’impératif économique.

La vision économique de court terme hypothèque notre santé à long terme et induit nécessairement une hausse des dépenses pour l’assurance maladie. Est-il cohérent d’endetter la sécurité sociale pour rassurer les industriels ?

Le déficit de  11,4 milliards d’euros de la sécurité sociale n’est-il pas suffisamment alarmant ?

Lors de la Conférence environnementale, le Président de la République s’est engagé sur les enjeux des perturbateurs endocriniens, suscitant un véritable espoir chez les écologistes et les associations environnementales.

Le recul opéré sur le texte au Sénat a clairement déçu les ONG environnementales, comme il a déçu bon nombre de mes collègues.

Un mois à peine après les belles paroles, le Gouvernement envoie un premier signal négatif en matière de santé-environnement.

Madame le Ministre, au nom de la société civile, je vous demande de prendre ce combat au sérieux, car la route sera longue, pour que l’objectif que portent les écologistes et les associations environnementales aboutisse enfin, et qu’un jour, dans la loi, soit inscrit ce principe simple :

« qu’aucun parent de jeune enfant ne soit contaminé par les perturbateurs endocriniens ».

Vous le savez, depuis quelques années, l’action de la France sur la question des perturbateurs endocriniens est regardée avec attention par ses partenaires internationaux. De nombreuses organisations guettent aujourd’hui le signal que nous enverrons en matière de respect de la santé publique.

Nos voisins d’Europe du Nord attendent également une dynamique positive de notre part.

Ce vote aura nécessairement des répercussions au-delà de nos frontières.

Nous avons, Monsieur le Président, Madame la Ministre, mes chers collègues, une responsabilité à l’égard de la communauté humaine.

Nous nous devons d’en être à la hauteur.

Je vous remercie.  »