Cérémonie du 8 mars : le discours de Leila Aïchi

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Leila Aïchi a prononcé un discours d’hommage en ouverture de la  cérémonie de remise de médailles :

« Souvent, j’entends des critiques à l’encontre de la journée de la Femme : Pourquoi dédier un jour de l’année à plus de la moitié de l’humanité ?

La raison est simple, c’est que des inégalités persistent dans les faits, dans le statut social et professionnel, dans le salaire également. L’existence d’une journée de la Femme vise à rappeler ces injustices, car la route, malheureusement, est encore longue.

A titre d’exemple, nous ne sommes ici que 80 Sénatrices, soit 23% des membres de la Chambre haute. A l’Assemblée nos collègues féminines, à 18% sont moins bien représentées encore. Ainsi, tant que l’égalité ne sera pas atteinte, nous aurons besoin de célébrer cette Journée du 8 mars.

Nous, femmes, avons franchi bien des étapes depuis le combat des suffragettes il y a deux siècles, et ce, grâce à d’importantes luttes collectives pour la reconnaissance de nos droits.  Mais malheureusement, le combat contre les inégalités est pour nombre de mères et de compagnes, une lutte individuelle. Ainsi, pour beaucoup d’invisibles, le premier des combats est celui de l’émancipation au sein de leur propre foyer.

C’est pour cela que je souhaite aujourd’hui, Mesdames, vous rendre hommage. Vous êtes arrivées en France, pour certaines d’entre vous, il y a plus de soixante ans. Jeunes filles, vous êtes devenues mères de famille. Socle de votre foyer, vous avez soutenu vos maris, dans les épreuves difficiles que constitue l’intégration à la société française, et vous vous êtes dévouées pour l’avenir de vos enfants. Ainsi, vous avez consacré, des années durant, votre force et votre énergie au service des vôtres.

Après avoir tant donné, et vécu au rythme des contraintes de l’usine, vous avez souhaité gagner votre liberté en devenant des femmes autonomes. Collectivement, vous avez accompli un véritable acte de courage par la prouesse d’apprendre à lire et à écrire à plus de 50 ans.

Le 15 février dernier, Bernard Pivot, journaliste et membre de l’Académie Goncourt, personnage emblématique du monde de la culture, vous a remis, à chacune, votre Diplôme Initial de Langue Française. Par sa présence, il a voulu démontrer que vous pouviez dépasser les frontières que votre condition et votre histoire semblaient vous imposer.

Mesdames, en obtenant ce diplôme, vous avez ouvert la porte du monde de la culture et franchi un grand pas sur le chemin de la liberté et de la citoyenneté. Vos efforts sont aussi une richesse et un honneur pour la langue française, que vous contribuez à rendre plus vivante et diversifiée.

C’est pour vous témoigner la reconnaissance et l’admiration de la République que j’ai souhaité vous inviter aujourd’hui au Sénat.

A ce titre, je tiens tout particulièrement à remercier Monsieur Jean-Pierre Bel, Président de cette institution, qui m’a fait l’amitié d’accepter de participer à cette remise de médailles.

Je remercie aussi les écrivains qui sont aujourd’hui parmi nous :  Erik Orsenna, académicien, Hélène Erlingsen et Mohamed Zerouki, auteurs de Nos pères ennemis, livre émouvant sur la fraternité et la réconciliation.

Merci à tous les auteurs, aux artistes, et à toutes les personnalités du monde culturel qui nous ont fait l’honneur de leur présence comme Caroline Grimm, Philippe Robinet… et j’en oublie certainement.

Je suis également heureuse que des journalistes aient répondu si nombreux à mon invitation. Par leur présence, ils symbolisent l’ouverture vers de nouvelles sources d’informations et d’analyses critiques, auxquelles vous Mesdames, allez désormais avoir accès. Je pense là à Laure Noualhat, ou Isabelle Saporta…

Je remercie également mes collègues parlementaires d’avoir accepté de participer à ce bel hommage convivial.

Enfin, j’aurai quelques mots pour nos invités du Nord Pas de Calais :

Je tiens tout d’abord à saluer l’action remarquable des membres de l’association Quartiers Sans Frontières, notamment Elisabeth Applincourt ainsi que Salim et Fareth Saïfi, qui par leur engagement luttent entre autres contre le fardeau de l’illétrisme. C’est le travail quotidien de telles associations qui permet, sur le terrain, de concrétiser l’espoir et la détermination en un véritable succès, en une vraie autonomie.

Je souhaite tout particulièrement féliciter Mélanie Bensoltane, pour la pédagogie dont elle a fait preuve, en vous enseignant la langue française, Mesdames, durant un an.

Enfin, je souhaite un hommage appuyé à nos jeunes diplômées.

Mesdames, je vous félicite pour le pied de nez que vous faites aux préjugés par votre courage, votre mérite et votre volonté. Vous constituez pour ma part et pour les jeunes générations un formidable exemple de militantisme à poursuivre.

Mes chères amies, cette journée des femmes est avant tout la vôtre. Celles des femmes brisant les barrières, celles de femmes sans frontières. »