Pour l’institution d’une journée commémorative des "morts pour la paix et la liberté d’informer"

Article-Dépêche-AFP

Leila Aïchi a déposé ce lundi un amendement  au projet de loi fixant au 11 novembre la commémoration de tous les morts pour la France. Il s’agit d’un article additionnel visant à instituer une journée de commémoration aux « morts pour la paix et la liberté d’informer » que sont les humanitaires, les militants des droits
humains et les journalistes.

Cet amendement vise à reconnaître l’évolution de la nature et des acteurs des conflits actuels. « Gagner la paix est désormais aussi difficile que de gagner la guerre, affirme-t-elle. Les travailleurs humanitaires, les défenseurs des droits humains et les journalistes qui sacrifient leur vie dans les conflits armés méritent autant de reconnaissance que les militaires, et en particulier les OPEX, que vise ce projet de loi ».

L’amendement est ainsi rédigé :

« Il est institué une journée commémorative des « morts pour la paix et la liberté d’informer » que sont les humanitaires, les défenseurs des droits humains et les journalistes. »

En concertation avec ses collègues de la commission des Affaires étrangères, elle a retiré cet amendement. Ses collègues se sont engagé à la soutenir dans le cadre d’un dépôt d’une proposition de loi sur ce sujet.

Voici l’intervention qu’elle avait préparée pour soutenir cet amendement :

« Monsieur le Président,

Monsieur le Ministre,

Mes chers Collègues,

Le 11 novembre 1918, la France a gagné la guerre. Mais ce que nous commémorons aujourd’hui n’est pas la victoire, c’est la mémoire de ceux qui sont morts.

Car gagner la guerre est une chose, mais ce qui importe aujourd’hui est de gagner la paix. La nature des conflits a changé, leurs acteurs aussi.

Cette nouvelle donne géopolitique pousse en première ligne les travailleurs humanitaires, qui assistent les populations.

Elle expose aussi les journalistes, relais essentiels de l’information auprès des opinions, vecteur essentiel dans la mobilisation des peuples pour gagner leur démocratie.

Enfin, elle conduit les défenseurs des droits humains et des libertés fondamentales à s’engager pour le respect du droit international dans les régions les plus chaotiques au niveau politique.

Tous, sont engagés au service de la paix, et de la démocratie, et jouent un rôle essentiel dans l’édification de sociétés moins violentes et plus justes dans les régions sensibles du monde.

Or, mes chers collègues, certains s’exposent dans les conflits armés au sacrifice de leur vie. A titre d’exemple, au cours de la décennie 1990, ce sont plus de 700 travailleurs humanitaires ont perdu la vie, alors que des milliers d’autres ont subi des bombardements, enlèvements, attaques, détournements, vols et viols. Plus récemment, la mort de Gilles Jaquier nous a également montré à quel prix peut parfois se payer la liberté d’informer.

En 2012, il importe que l’Etat et la Nation témoignent leur reconnaissance à ces travailleurs par la création d’une journée dédiée aux « morts pour la paix et la liberté d’informer ».

Toutefois, mes chers collègues, si ces travailleurs engagent parfois leur vie pour la paix, les droits humains, et la liberté d’informer, ils ne sont pas des soldats. En aucun cas leur engagement ne pourrait être rapproché de celui des militaires. La journée dédiée aux « morts pour la paix et la liberté d’informer » sera donc à distinguer du 11 novembre, commémoration de tous les morts pour la France.

La date du 9 mai, journée de l’Europe, pourrait être appropriée pour un tel hommage. Le vieux continent se distingue en effet au niveau mondial par son engagement pour la paix et la coopération.

Nous pourrions également choisir la date du 21 septembre, journée internationale de la paix.

Ce sont là des propositions que je vous fais, dont nous aurons, je l’espère, l’occasion de rediscuter à l’avenir.

Mes chers collègues, je vous demande de regarder le monde tel qu’il est aujourd’hui. Nous avons la chance d’avoir des personnes qui s’engagent au quotidien pour le faire évoluer vers plus de paix, de justice, et de démocratie. Je vous demande de reconnaître l’honneur  qui est dû à ces travailleurs qui ont perdu la vie, non au service d’une nation, mais de valeurs humanistes que nous partageons tous. »